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Retour d’expérience : 1 an à 90%

Ecrit par ~ zwindler ~

Quoi !? Tu travailles à 90% !

Aujourd’hui, pas de technique. Je vais vous faire un petit retour d’expérience sur la situation professionnelle et personnelle dans laquelle je suis depuis maintenant 1 an : travailler à temps partiel, à 90% pour être précis.

Même si ce n’est qu’un 90%, c’est un choix personnel qui a eu conséquences multiples, plus ou moins fortes, à la fois sur ma vie personnelle et professionnelle.

Pourquoi en parler ?

J’ai hésité un moment avant d’écrire cet article.

D’abord parce qu’il me concerne personnellement et que je n’ai pas forcément envie de parler publiquement de ma vie privée. Parallèlement à ça, j’imagine (et c’est bien normal), que ma vie ne vous intéresse pas plus que ça de toute façon ;-p.

En revanche, je pense que mon retour d’expérience sur ce que j’ai vécu peut en intéresser d’autres, qui auraient le même genre de projet de vie que moi. A ces gens-là, je peux raconter ce que j’y ai trouvé de bon, de moins bon, de franchement génial.

Pourquoi ne pas en parler ?

Parmi les autres freins qui m’ont longtemps fait hésiter à en parler, c’est le regard des autres. Je me suis longtemps demandé ce qu’on allait penser de moi, le jour où j’allais demander de passer de 100% à 90%.

Car on ne va pas se le cacher, on vit dans un monde professionnel encore bien conservateur. Parfois même rétrograde.

Pour illustrer mon propos, je vous invite à aller faire un tour sur LinkedIn, où le salarié (souvent un homme bizarrement) travaillant 70h / semaine est régulièrement glorifié. Autant vous dire que quand j’essaye de ramener ces gens-là à la réalité, je me prends régulièrement des “fainéants” ou autre noms d’oiseaux.

Cet « expert » en « remise en forme du retail » s’insurge qu’on parle des ponts à la TV. Comme si ça n’était jamais arrivé les années précédentes…

On pourrait se dire que ça se limite aux réseaux sociaux, bien sûr, mais cette ambiance du siècle dernier (ou celui d’avant encore), je l’ai aussi vécu IRL.

Pour la petite histoire :

Un jour, ayant eu envie de faire moi-même une galette des rois, le directeur de l’entreprise, abasourdi que ce soit moi qui fasse la cuisine, a fait le tour des employés présents pour leur faire des blagues machistes, sexistes, voire même limite homophobe sur moi. Ambiance.

Bref, dans ce genre de contextes où un bon salarié est un salarié - surtout si c’est un homme! – qui veut travailler toujours plus, au début, je n’étais pas sûr d’assumer le fait de vouloir moins travailler. Encore moins en parler ouvertement.

Mais d’ailleurs, pourquoi vouloir un contrat à 90% ?

Car peut être que c’est eux qui ont raison ? Que je suis effectivement un fainéant ? ;-p

Il y a un an et demi, je suis devenu papa. Être papa, c’est une fierté, mais c’est surtout une responsabilité. Je n’imaginais pas une seule seconde un monde où je serai père, mais pas impliqué. Je VEUX passer du temps avec ma fille.

Note : C’est un choix personnel, que chacun est libre de partager ou pas. Pas de jugement de ma part.

Je vous passe volontairement la galère pour trouve un mode de garde (ceux qui n’y sont pas encore, vous allez voir, c’est fun). Après avoir cherché une crèche et finalement trouvé une nounou, on a fait un rapide calcul (naïf) : en la faisant garder 5 jours par semaine pendant 10h/jour (choix standard avec deux parents travaillant en horaires de bureau), notre fille allait plus vivre avec la nounou que nous (si on décompte la nuit). Et ça ne nous paraissait pas acceptable.

Nous avons donc décidé de faire garder notre fille un jour de moins pour passer plus de temps avec elle.

Comment faire ?

Ce qu’il faut savoir quand on est sur le point d’être jeune parent, c’est qu’il existe plusieurs dispositions dans la loi et ce n’est pas forcément facile de s’y retrouver. (Et comme vous le savez, j’aime bien parler du droit du travail)

La plus importante d’entre elle est le congé parental, qui permet à n’importe quel parent de réduire son activité professionnelle (voire de la stopper totalement). Il existe un guide sur service-public.fr plutôt bien fait pour voir les conditions et autres modalités.

Grosso modo, ce qu’il faut savoir c’est que :

  • Le congé est ouvert à tout salarié ayant au moins 1 an d’ancienneté dans l’entreprise à la naissance ou l’adoption de l’enfant.
  • La durée initiale du congé parental est de 1 an maximum (renouvelable généralement 2 fois)

Notre idée initiale était donc, que pour la première année, ma femme se mette à 80% les 6 premiers mois, pour garder notre fille le mercredi, puis qu’à ses 6 mois, je prenne le relais pendant 6 mois également.

Pourquoi cette alternance de 80% à 6 mois ?

Effectivement, ça peut paraître un peu étrange au premier abord. La raison est économique.

Je suis conscient que j’ai beaucoup de chance d’avoir un métier qui me permet d’envisager la possibilité de passer à temps partiel. Pour autant, accueillir un tout petit, c’est un changement important dans le budget d’une famille.

Parallèlement à ce que je viens de dire pour le congé parental, il existe plusieurs aides financières, chacune avec leurs conditions :

Un point intéressant est que PreParE et CMG peuvent se cumuler tant que l’activité pro est entre 50 et 80% (mais pas à 90%) et que la PreParE est versée jusqu’au 1 an de l’enfant dans la limite de 6 mois par parent.

De cette manière, en alternant 6 mois à 80% chacun lors de la première année de l’enfant, on peut donc bénéficier à la fois de la PreParE et de la CMG, ce qui permet de réduire un peu les charges de cette première année.

Giphy - The hangover

Note : Malheureusement, toute cette belle planification que nous avions faite s’est heurtée à la dure réalité de la loi. N’ayant pas 1 an d’ancienneté au moment de la naissance de ma fille, je n’ai pas pu bénéficier d’un congé parental (et donc des aides associées). Nous avons donc décidé de simultanément passer à temps partiel par avenant au contrat de travail (avec un mercredi sur deux chacun).

Comment ça a été accueilli ?

Je l’ai dit en introduction. C’était LA grande inquiétude que j’avais. Quand j’ai fais la demande de temps partiel, je ne savais pas à quoi m’attendre de la part de mon manager, de mes collègues, des RHs…

Au final, j’ai été très vite rassuré. Je ne sais pas si cette situation s’est généralisée, si les mentalités ont évolués, si je suis bien tombé, etc.

Les retours sur ma décision ont été extrêmement positifs. La plupart des gens ont été très compréhensifs :

  • A aucun moment je n’ai eu de remarque négative ou sexiste, dans un environnement très masculin
  • Mon manager (et son remplaçant) ainsi que les ressources humaines ont accepté mon choix avec bienveillance
  • Lorsque je leur en ai parlé, certains collègues et connaissances ont exprimé l’envie de faire pareil

C’est bête à dire peut être, mais c’est aussi ce genre de choses qui font que je suis bien au travail : être compris en tant qu’être humain, avec mes priorités, au-delà de la simple productivité brute.

Des études sur le temps au travail dans l’IT ?

En cherchant à en savoir plus, j’ai eu du mal à trouver des chiffres sur les temps partiels dans l’IT. Je n’ai trouvé que 2 études et malheureusement avec assez peu de répondants :

  • une de fin 2011 sur developper.com qui montrait que la majorité des salariés de l’IT bossaient plus que 40h/semaine, avec un taux de “temps partiel” extrêmement faible (2%)
  • l’étude faite en fin d’année par Okiwi, limités au bassin bordelais, qui montre une bien meilleure proportion sous les 35h/semaine (autour de 8%). Naïvement, je suis tenté de penser que le monde du travail évolue dans le bon sens, même si rien ne permet de s’assurer que le temps partiel correspond à une réelle volonté des salariés d’y être et pas une situation subie

Développer.com fin 2011 versus Okiwi fin 2019

Est ce que ça gêne l’organisation de l’équipe ?

C’était une autre question. Dans la mesure du possible, ma seconde priorité était quand même que ma décision impacte le moins possible mon équipe.

Dans la pratique, ça aurait été un peu plus compliqué si le plan initial du 80% avait pu aboutir, car je fais aussi des astreintes. Évidemment, je ne peux pas être d’astreinte en même temps que je suis de garde avec ma fille.

Au final, en 90% avec seulement un mercredi sur deux où je ne suis pas dispo, je n’impacte pas ni la rotation des astreintes, ni l’exploitation courante des infrastructures et des services que je gère. L’équipe est suffisamment multi-compétences pour répondre, au moins au premier niveau, à toutes les problématiques que je gère habituellement.

Qu’est ce que ça change dans mon travail ?

Concrètement, pas grand chose. Déjà, le fait que mon 90% soit organisé de la sorte implique qu’une semaine sur deux, je travaille normalement.

Ensuite, comme nous communiquons beaucoup par messagerie instantanée et par mail, il est très facile pour moi ou mes collègues de prévenir quand je ne suis pas disponible.

Pour ce qui est de mon travail en lui même, au-delà de la simple exploitation des services informatiques, il faut juste en tenir compte lorsqu’on planifie des deadlines.

Éventuellement, la seule petite difficulté que j’ai c’est lorsque je dois dépiler une tonne de mails et de slack le jeudi matin, car la plupart des mes collègues ont travaillés normalement le mercredi. De toute façon, la plupart ayant déjà été traités par quelqu’un d’autre.

M’occuper de ma famille

Parce que c’est finalement le but ! Avoir plus de temps pour profiter des miens.

Si jamais le doute persiste toujours, j’aimerai vous confirmer que ce jour où je ne travaille pas est tout sauf un jour de congés ! S’occuper seul, toute une journée, d’une petite d’un an et demi ce n’est vraiment pas reposant ;-p.

Il y a une vraie différence entre un week end (où on peut voir la famille, voir des amis, s’en occuper alternativement, …). Le mercredi, si vous ne faites rien, vous êtes seuls et ça peut devenir long.

Ce que j’en retire

Car au final, il ne faut pas oublier que je fais AUSSI ce 90% pour moi.

Passer du temps pour s’occuper de notre fille, “c’est notre projet”.

J’ai vraiment l’impression de passer du temps avec elle. Le week end passe toujours très vite, il y a toujours beaucoup à faire… Et le soir, même en s’organisant pour être à la maison à 18h (ce qui n’est déjà pas très startup-nation), avec un dodo à 19h30, certes on rigole mais c’est vite fini. On profite, mais on ne prend pas le temps.

Ce mercredi sur 2, c’est du temps où je ne m’occupe QUE d’elle. C’est un temps entre elle et moi.

Récap’ de mon 90%

Voilà donc en résumé, après 1 an, ce que je pense de mon 90% :

  • c’est une baisse de revenus (10% de nos salaires) qui n’est pas neutre. Ma femme et moi avons la chance de pouvoir le faire mais nous sommes conscient que ce n’est pas le cas de tout le monde.
  • dans mon entourage, les gens ont plutôt bien compris notre choix. Certains ont même eu envie de le faire à leur tour.
  • dans mon entreprise, ce choix est très bien compris et accepté. Les mentalités changent et c’est bien !
  • il faut trouver des choses à faire pour profiter pleinement de cette journée en plus avec vos enfants. Moi qui suis plutôt introverti et casanier, il a fallut que je sorte de ma zone de confort mais c’est vraiment pour le mieux.
  • je me sens vraiment acteur de l’épanouissement de ma fille, ce qui était le but dès le départ.

Inutile de le dire, j’ai évidemment prolongé d’un an supplémentaire :-) Si vous voulez discuter de ça avec moi, n’hésitez pas à laisser un commentaire, à me contacter sur Twitter ou m’écrire un e-mail.

Bonus

L’envie d’écrire cet article a été aussi inspirée par ce post de Fabien LAMARQUE, un indépendant sur Bordeaux, qui, pour d’autres raisons, a cherché lui aussi un autre équilibre vie pro/vie perso que le classique “5 jours par semaine”.

Dans un tout autre genre, je vous conseille cet excellent sketch de Karim Duval “Élever son enfant en mode Start-up” qui me fait mourir de rire.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=Ps3UNPLpmKc

[1]: [2]: https://www.youtube.com/watch?v=Ps3UNPLpmKc

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