Un an au CSE d’une ETI

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Ah bon, t’es au CSE, toi ?

Précision important, j’ai été au CSE d’une ETI (~1000 personnes en France). Depuis j’ai démissionné de cette entreprise, pour une toute autre raison.

Mais j’ai beaucoup appris même si je n’y suis resté qu’un an, alors que je pensais déjà beaucoup savoir sur le fonctionnement d’une entreprise et le droit du travail (vous savez que j’écris régulièrement sur le sujet).

Si je souhaite faire ce retour d’expérience, c’est parce que beaucoup de gens ont une mauvaise image de leurs représentants du personnel et/ou de leurs représentants syndicaux (pas du tout la même chose). Surtout en France et particulièrement dans l’IT.

Je ne rentrerais pas trop dans les détails car il y a matière à écrire plusieurs articles sur ce sujet et les sujets connexes, et clairement ça rentrera pas. Si jamais je me rends compte que ça vous intéresse, je ferai des articles plus poussés sur des sujets bien spécifiques (j’ai déjà plusieurs idées).

D’abord c’est quoi le CSE ?

Déjà la définition :

En France, un comité social et économique est une instance représentative du personnel qui succède aux anciennes instances représentatives suivantes : délégués du personnel, comité hygiène sécurité et conditions de travail et comité d’entreprise

Wikipedia

Grosso modo, c’est donc la fusion de plusieurs instances de salariés en une seule. Normalement ça devrait être finalisé (la fusion) depuis janvier 2020.

Exit donc les anciens DPs (censés vérifier que les règles en vigueur dans l’entreprise sont bien respectées), le CHSCT (censé vérifier que les salariés sont bien en sécurité dans l’entreprise) et le CE (censé représenter les salariés dans la vie de l’entreprise ainsi que les affaires sociales et culturelles).

Sur le papier, c’est une bonne idée car les compétences de ces entités étaient parfois à cheval les unes sur les autres, et un peu de simplification ne fait pas de mal.

Dans la pratique, vous verrez que ce n’est finalement pas beaucoup plus simple, ni beaucoup plus clair pour les salariés…

F.B.I. – Fausse Bonne Idée

(Je ne sais pas si j’assume la source de ces superbes paroles)

A quoi ça sert un CSE ?

C’est LA bonne question.

Dans une petite boite (50 personnes), quand vous pouvez parler au patron dont le bureau est à côté de vous, il est tentant de penser que le CSE ne sert à rien s’il suffit d’aller faire part d’un problème ou d’une suggestion directement.

Personnellement je pense que ce mythe de « ma porte est toujours ouverte », c’est au mieux se voiler la face, au pire, du bon gros bullshit.

Si vous êtes déjà en froid avec votre manager ou la direction, vous n’irez pas voir toquer à la porte du directeur/dirigeant. Idem si vous êtes très réservé ou peu sûr de vous. Et même avec toute la bonne volonté du monde, il faut que ledit dirigeant soit là et pas H24 en meeting ;-).

Quoi qu’il en soit, dans une ETI (ou plus), cette proximité n’existe plus. La grande majorité des salariés ne croisent quasiment jamais le top management. Pas facile de leur remonter des problèmes dans ces conditions.

Et nécessairement, le CSE prend encore plus de sens.

Qu’est ce qui t’as motivé à candidater au CSE ?

Au fil des années, j’ai remarqué certaines choses.

D’abord, que la plupart des salariés ne connaissaient pas leurs droits et que parfois (pas toujours hein,… mais parfois) se faisaient marcher sur les pieds.

J’ai d’ailleurs fait un petit sondage là-dessus, car je n’ai pas eu de cours de droit du travail (et/ou de l’entreprise) dans ma formation et je me demandais si c’était général (a priori non, mais quand même).

Ensuite, que de nombreuses personnes de mon entourage avaient des remarques pertinentes (selon moi) sur la façon de gérer l’entreprise, mais pas toujours le courage d’affirmer ces opinions publiquement.

Et enfin, que beaucoup de gens, en bas de l’échelle ou hauts placés, se fichent pas mal de savoir si l’entreprise fonctionne bien ou pas (je ne parle pas seulement au sens « chiffre d’affaires »). Ce n’est pas grave en soi. On est pas lié à vie à l’entreprise. Il n’y a pas forcément de mal (chacun son opinion) à ne pas se soucier de la vie des autres et/ou de celle de l’entreprise.

Mais vous l’aurez compris, ce n’est pas mon cas. ;-) J’ai un avis sur tout (ah ah ah), je me documente et le sort de mon entreprise ainsi que des salariés qui la composent m’importe.

Mais avant d’être au CSE, il faut s’y faire élire

N’est pas au CSE qui veut, il faut être élu.

Je ne vais pas détailler le processus d’élection ici, mais si vous aimez les épreuves de Koh Lanta dans lesquelles Denis Brogniart égraine une liste de règles de plus en plus incompréhensibles, vous adorerez mon hypothétique futur article sur les élections au CSE.

On nage dans l’absurde.

Attention, maintenant les règles changent !

Denis Brogniart

Il faut le savoir, avec un peu de bonne volonté, se faire élire n’est pas impossible. Comme la représentation des salariés (voire pire, syndicale) est parfois mal vue en France, les listes ont régulièrement du mal à recruter des candidats et sont régulièrement incomplètes.

Sachez juste :

  • qu’il faut avoir un an d’ancienneté au jour de l’élection pour pouvoir être inscris sur une liste
  • qu’il y a toujours un premier tour où seules les listes issues de représentations syndicales sont présentes (ce qui n’oblige cependant en rien à être syndiqué, pour information), suivi d’un éventuel second tour où toutes les listes sont autorisées si jamais les listes syndiquées n’ont pas recueilli assez de voix (ou alors s’il n’y en a pas)

J’ai donc été élu, mais qu’est ce que ça change ?

Champagne ! La vie était belle. J’allais sauver le monde et les salariés allaient vivre leur meilleure vie grâce à une collaboration (COLLABO !) constructive entre CSE et direction.

Ahahah qu’il est naïf…

Si jamais ça vous arrive à vous aussi, vous allez devenir du jour au lendemain un partenaire privilégié pour les discussions entre direction et salariés. Une sorte d’interface pour faire remonter les problèmes d’en bas et (on y pense pas toujours) faire redescendre l’explication des décisions d’en haut.

C’est la partie qui m’a le plus intéressée. Mais ce n’est pas tout !

Comme je le disais en début d’article, être au CSE, c’est être membre de la fusion de 3 instances précédemment disjointes.

Pour mener à bien cette mission, vous aurez :

  • Une formation d’environ une semaine sur l’aspect sécurité (ex CHSCT). Cette formation n’est pas obligatoire (c’est à dire que vous pouvez la refuser), votre employeur est obligé de vous la proposer (c’est à dire de vous la payer et sur votre temps de travail en plus).
  • Une formation sur les aspects économiques et juridiques du rôle du CSE. Là encore, la formation n’est pas obligatoire, mais l’employeur est obligé de vous la financer (mais que aux titulaires, cette fois ci, pas aux suppléants).
  • Des heures de délégation.

Vous faites bien ce que vous voulez, mais je vous conseille de faire les deux formations, si vous le pouvez. Être membre du CSE ne s’improvise pas et ça sera votre seule chance de prendre le temps d’apprendre votre futur rôle.

A noter : à propos des heures de délégation, il s’agit d’un pool d’heures qui dépend du nombre d’élus et de la taille de l’entreprise. Contrairement à l’ancien modèle avec les DP/CHSCT, ce pool d’heure est relativement flexible. On peut se partager les heures comme on le souhaite entre titulaires et suppléant, ainsi qu’en reporter une partie non consommée le mois suivant. Les membres de l’éventuelle CSSCT (commission qui a vocation de dégrossir plus particulièrement les problèmes de santé et sécurité au travail) ont également des heures en plus.

Je ne sais plus ou donner de la tête

DP, CE, CHSCT. Ajoutez à cela les réunions mensuelles du CSE (+ rédaction et relecture des PVs), les diverses commissions pour creuser un sujet en petit comité avant un CSE complet, …

Vous ne pourrez pas tout faire. La masse de travail est difficilement concevable (et d’ailleurs souvent incomprise par ceux qui n’ont pas été élus). Il faudra apprendre à travailler en équipe, déléguer et faire confiance à vos collègues.

Personnellement, j’ai vite compris ce point et je l’ai plutôt bien accepté. J’ai volontairement laissé tomber tout ce qui était œuvre sociales (en gros les voyages, les chèques vacances, …), mais aussi la partie règlement intérieur du CE ou la gestion de ses salariés.

J’ai laissé aussi beaucoup de côté l’aspect CSSCT à des salariés plus aguerris sur ces points.

Je me suis concentré sur les aspects qui correspondaient avant aux DPs (assister les salariés, remonter les problèmes à la direction) et les réunions CSE. Je n’ai pris de rôle que dans une seule commission, sur un sujet qui me tient à cœur (la commission « formation », qui surveille que tous les salariés soient correctement et régulièrement formés).

Et c’était déjà beaucoup ! Je me suis beaucoup investi (plus que je ne le pensais). N’en prenez pas plus, surtout si c’est votre premier mandat.

Ça se castagne parfois

Tout n’est pas rose au CSE. Les relations avec la direction peuvent être compliquées (surtout dans un contexte macro économique tendu) et il ne faut pas le prendre personnellement.

Dans la majorité des cas, la personne en face de vous (surtout si c’est une personne des ressources humaines mandatée par la direction) est là pour défendre des intérêts, qui peuvent être différents des vôtres, sans pour autant vouloir se battre contre votre personne.

En revanche, il faut aussi être lucide : certains dirigeants voient d’un très mauvais œil l’implication des salariés dans les affaires de l’entreprise. Heureusement pour moi ça n’était pas le cas dans l’entreprise où j’étais.

Mais ça existe.

Cela peut aller jusqu’à du harcèlement ou des mises au placard, alors que les membres du CSE ne font qu’exercer un mandat. C’est bien entendu totalement illégal et peut coûter très cher à l’entreprise concernée, même si c’est difficile à prouver.

Attention au « friendly fire »

Si votre entreprise existe depuis longtemps, il est possible que les relations soient également tendues entre membres du CSE, surtout s’il y a eu plusieurs listes « concurrentes ».

La vie du CSE peut vite être polluée par des débats stériles et des guerres de clochers, ou parfois même des conflits entre personnes. J’en ai un peu fait l’expérience.

Si ce n’était dans mon cas pas insurmontable et qu’au final le CSE fonctionnait globalement, ces débats stériles ont fait perdre beaucoup de temps et d’énergie. Tout le temps perdu n’est pas du temps passé à améliorer les conditions de travail.

Essayez à tout prix de rester calme, constructif. Restez ferme sur vos positions (pas de complaisance) sans pour autant vous braquer. De toute façon, vous ne serez pas d’accord…

Si vous n’êtes pas d’accord, arrangez-vous pour que votre désaccord soit noté précisément dans le procès verbal. Il ne manquerait plus que des gens de mauvaise foi viennent vous reprocher le contraire de ce que vous avez dit quelques mois plus tard pour vous dégoûter définitivement.

Apprenti délégué du personnel en période COVID

Vous l’avez compris, j’y allais pour ça. Améliorer le quotidien de mes collègues.

Mon cheval de bataille : participer à la mise en place du télétravail, dans une entreprise où 80%-90% des développeurs et du middle management étaient pour mais pas la direction (comme dans beaucoup d’entreprises hors IT avant l’arrivée du COVID, ne soyons pas sectaires).

Et on peut dire que j’aurais « bien choisi » ma période pour devenir élu du CSE. A peine j’avais pris mes fonctions qu’une pandémie mondiale s’est déclenchée, forçant des millions de français à rester chez eux ou télétravailler.

Ça a été une période particulièrement compliquée pendant laquelle, d’un côté, il a fallu mettre en place tout un tas de protocoles pour que les ouvriers (ceux qui ne pouvaient objectivement pas télétravailler) puissent travailler dans les conditions les plus sécuritaires possibles et de l’autre s’assurer que les télétravailleurs ne « pétaient pas un câble ».

Le tout à distance…

Tout ne s’est pas passé comme prévu (la mise en place du futur télétravail hors période COVID n’est pas encore finalisée), mais je suis content d’avoir pu constater que la direction a su être réceptive à certains de nos arguments et suggestions, prouvant l’intérêt du dialogue entre salariés et directions au sein du CSE.

Tout le monde y a mis de la bonne volonté,. Les efforts ont été mis en priorité sur les personnes qui en avaient le plus besoin (présentiel, personnes vulnérables).

Aider les autres

L’avantage d’être « salarié protégé », c’est qu’on peut aller « au charbon » pour les autres, sans craindre qu’un dirigeant mal luné puisse se permettre de se venger sur nous.

Grosso modo, si un salarié a un problème (avec un autre collègue, avec un manager, …), il y a toujours un risque que d’en parler se retourne contre lui. Ce n’est théoriquement pas le cas si c’est vous, le « salarié protégé », qui remontez le problème.

Forcément dans une ETI, ce genre de situation, même si elle n’arrive pas souvent, est arrivée.

Je n’ai pas de conseil particulier pour ça… à vous de voir comment vous voulez gérer ce genre de conflits.

Je n’ai pas l’impression d’avoir pu résoudre quoique ce soit à mon niveau. Gardez quand même en tête qu’on ne peut pas faire des miracles et ne prenez rien personnellement.

Pour autant, rien que le fait de pouvoir en parler avec une tierce personne (ici, un DP) a je pense permis de faire « un peu » descendre la pression, dans plusieurs cas. L’important, c’est de permettre le dialogue, là où il se rompt parfois.

Long story short

TL;DR

Si vous êtes élu ou motivé pour le devenir, bravo :)

Retenez surtout que :

  • Ça ne sera pas tous les jours facile. Ne vous mettez pas en difficulté, restez serein, ne rapportez pas plus les problèmes du CSE à la maison que ceux de votre travail
  • Ça sera chronophage, vos heures de délégations vous paraîtront partir bien vite
  • Vous ferez des efforts et certains salariés (ingrats) trouveront que vous n’en faites pas assez. C’est la vie.
  • Vous viendrez parfois avec des arguments en béton armé et la direction vous renverra avec une fin de non recevoir

Dans tous les cas, vous aurez prouvé/prouverez, avec votre engagement, que vous souhaitez faire avancer votre entreprise dans la bonne direction.

Soyez en fier, vous faites de votre mieux et les rageux ne peuvent pas en dire autant ;-).


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4 comments

  1. Hello Z,

    Je suis en plein sur le sujet, à savoir que je suis arrivé dans une boîte pendant le COVID, et un peu par hasard découvert les archives des PV du CSE + NAO il y a quelques jours. Bizarrement c’était passionnant à lire.

    Merci pour la vue de l’intérieur.

  2. Hello Z,
    En tant que DS dans une ETI qui me semble être le copier/coller de l’entreprise décrite ici, je ne peux que confirmer l’expérience. Oui, l’expérience est chronophage et souvent ingrate. Mais elle est aussi très enrichissante car elle ouvre sur l’entreprise un point de vue unique. Donc foncez! Engagez-vous!
    De ma petite expérience, je serais tenté d’ajouter ce conseil: pour bien défendre l’intérêt des salariés, il faut régulièrement ‘adopter’ le point de vue de la direction et imaginer ce que l’on voit depuis l’autre rive de la table. Cela permet de corriger ses postures, de mieux comprendre son interlocuteur, mais aussi de créer chez lui la curiosité d’adopter le vôtre, celui des salariés. Vœux pieux me direz-vous? Peut-être…

  3. Le plus compliqué reste à mon sens de faire comprendre aux salariés que le CSE n’a qu’un rôle consultatif sur les décisions de l’entreprise et n’est en rien un contre-pouvoir à la Direction.
    Les élus peuvent argumenter tant qu’ils veulent sur le bien-fondé d’une mesure, si le grand patron est contre, il a de grandes chances (et le droit) de ne pas en démordre.

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